Impacts sur les ressources en eau dans les deltas africains et les îles du Pacifique

17 juillet 2009

(c) Etiosa Uyigue. Delta du Niger.En réponse à notre précédente discussion sur l'assèchement du Delta de Tana au Kenya, Etiosa Uyigue nous écrit sur les défis devant lesquels se trouve le Delta du Niger au Nigeria (Afrique), foyer d'environ 25% de la population du pays. Entre 1960 et 1970, on a enregistré une hausse moyenne du niveau de la mer atteignant 0.462 mètres le long de la côte nigérienne (largement liée à l'affaissement ou enlisement côtier local). Dans la région du Delta du Niger, on a constaté à de multiples reprises l'inondation de zones de basse terre et si l'on tient compte des impacts du changement climatique à venir, les problèmes d'inondations et d'intrusion d'eau de mer dans les sources d’eau douce et les écosystèmes ne peuvent qu'augmenter, détruisant les systèmes équilibrants tels que les mangroves ou encore altérant l’agriculture, la pêche et les moyens de subsistance en général. Les terres du Delta du Niger pourraient voir leur surface diminuer de plus de 15,000 km² d’ici l’an 2100 si la hausse du niveau de mer atteignait un mètre, ce qui entraînerait le déplacement d’au moins 80% de la population du Delta du Niger. Parallèlement, le Nigéria connaît un déclin des précipitations depuis le début des années 60. Les cultivateurs ne sont plus en mesure de prévoir l’arrivée de la pluie et ne savent plus précisément quand semer leurs cultures. En règle générale, ils débutent la culture au terme de la saison sèche lorsque la pluie commence à tomber. Ils sèment leurs cultures après la première ou deuxième pluie du mois de mars ou avril. Après la première pluie, celle-ci continue de tomber périodiquement jusqu’au mois de juin/juillet (pic de la saison des pluies). Les précipitations sont nécessaires à la croissance de nombreuses cultures pendant la période précédant le pic. Or, les cultivateurs qui procèdent à la mise en culture après la première ou la deuxième pluie subissent de sévères pertes lorsque les pluies sont différées au-delà de la normale à cause des altérations dans les schémas des précipitations liés aux changements climatiques.

Cela me dérange d’entendre constamment les médias et les principaux experts parler des premiers signes et impacts du changement climatique mondial sur les petites îles et leurs peuples, s’exclame Faustino Yarofaisug des Etats Fédérés de Micronésie (Pacifique nord). C’est comme si les îles étaient des navires solidement rattachés à chaque extrémité à un objet fixe pendant la marée basse et lorsque la marée monte, le niveau d’eau augmente et finit par inonder le navire, ne laissant d'autre option que l’abandon. Bien que cela ait du sens, ça ne constitue pas l’ultime menace envers la survie pérenne des peuples innocents et de leur culture sur ces îles. Avant que la mer ne recouvre la surface terrestre ou le littoral des atolls, les peuples doivent quitter leur terre d'origine en quête d’un tout nouveau foyer. Le sérieux problème est la diminution de la nappe phréatique d’eau douce située sous les îles, nécessaire à toutes formes de vie. A mesure que le niveau de mer augmente, l’eau salée se répand sous les îles, vers l’intérieur des terres, entraînant une réduction du volume d’eau douce. Et alors que les eaux saumâtres s’étendent et que l’eau douce diminue, les cultures comestibles qui constituent une source vitale pour ces peuples sont vouées à disparaître, rendant ces îles inhabitables. Ce processus arrive avant qu’on ne voie les vagues – qu’elles soient grandes ou petites – recouvrir les îles et que celles-ci soient proclamées inondées et leurs habitants reconnus premières victimes de l’élévation du niveau de la mer.

Pour en savoir plus sur le Delta du Niger, cliquez ici (disponible en anglais uniquement). Cette discussion ainsi que d'autres contributions récentes sur le thème "Premiers impacts" sont publiées sur le site web.

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