REDD – Sujet brûlant pour le changement climatique

13 février 2009

Le changement climatique n'est pas seulement en marche, il accélère. La déforestation contribue à quasiment 20% des émissions globales de gaz à effet de serre selon le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC). Le Programme des Nations unies sur la réduction des émissions résultant du déboisement et de la dégradation forestière dans les pays en développement (UN-REDD) vise à réduire ce chiffre en attribuant aux forêts une valeur financière basée sur leur capacité de stockage de carbone, et ainsi réduire les émissions de gaz à effet de serre. À terme, REDD conduirait les pays développés à payer les pays en développement dans le but de réduire les émissions causées par la déforestation et la dégradation des forêts. Selon un communiqué de presse du PNUE : « Le programme REDD vise à faire pencher la balance économique en faveur de la gestion durable des forêts afin que leur biens et services économiques, environnementaux et sociaux profitent aux pays, aux communautés et aux utilisateurs des forêts tout en contribuant aux réductions importantes des émissions de gaz à effet de serre.» 1

Bien que l'on s'accorde sur le fait que la déforestation doit être réduite, les récentes discussions de la Convention-Cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) de Poznan, Pologne, ont soulevé de nombreuses préoccupations, y compris les implications du plan REDD pour les communautés dépendantes des forêts, dont beaucoup sont autochtones.

Pour certains observateurs, REDD offre une meilleure alternative que les actuels modes d'exploitation et de gestion des forêts: « A moins de mettre en place un mécanisme qui valorise davantage une forêt vivante que morte, la déforestation durera jusqu'à ce que les forêts tropicales soient entièrement détruites (…) En l'absence d'incitations à grande échelle pour la préservation, un nombre colossal d'espèces végétales et animales à travers le monde ainsi que les ressources de millions de peuples autochtones et de communautés forestières partiront en fumée».2

Si les gouvernements estiment que les pratiques forestières locales contribuent au stockage du carbone, le plan REDD pourrait offrir un soutien politique et financier aux peuples autochtones: « Si l'on aménage la réduction de la déforestation de manière cohérente avec les intérêts autochtones, celle-ci pourrait favoriser la préservation de la biodiversité végétale et animale, garantir la protection des terres et des moyens de subsistance autochtones et enfin servir les cultures et les communautés de peuples autochtones ou de ceux qui habitent les forêts».3

Cependant, les peuples autochtones et d'autres observateurs ont aussi exprimé leurs inquiétudes envers d'éventuelles répercussions négatives. Si l'on attribue aux forêts une valeur financière sous le programme REDD, nombreux sont ceux qui redoutent l'émergence de nouveaux conflits parmi les communautés autochtones et locales autant qu'entre elles et l'Etat 4 car les droits fonciers ne sont pas toujours clairement définis et le pouvoir de décision reste très hiérarchisé. Les mécanismes de REDD risquent d'écarter les populations locales des procédés de mise en œuvre et de partage des bénéfices, voire de les expulser de leurs propres territoires : « La valeur financière accrue accordée aux ressources des forêts existantes et nouvelles ouvre la voie à la corruption dans des pays où elle est chose commune dans le secteur forestier. La planification centralisée (…), par laquelle le gouvernement national crée des plans, reçoit des paiements et débourse les nouveaux fonds, ne fait qu'accroître la marginalisation des peuples de la forêt ».5

Les difficultés que rencontrent les peuples autochtones à accéder aux débats internationaux sur le changement climatique renforcent ces préoccupations bien que de nombreux projets REDD devraient avoir lieu au sein même des territoires autochtones. Au cours des récentes négociations de Poznan, « les représentants des peuples autochtones ont été choqués devant la version finale du projet de conclusions concernant 'REDD'. Ce document exclut toute référence aux droits des peuples autochtones et à la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones.»6 Les représentants des peuples autochtones et de la société civile ont répondu en déclarant: « Ceci est totalement inacceptable (…) car les forêts visées par REDD sont celles que les peuples autochtones ont entretenues et préservées depuis des milliers d'années. »7

Il est largement reconnu que REDD « (…) pourrait contribuer à renforcer et réglementer le régime forestier international »8 et qu'il offre « une opportunité de réclamer la mise en place de réformes politiques et légales en faveur des forêts et des droits des peuples autochtones ».9 Cependant, une inquiétude persiste, à savoir que les peuples autochtones et les communautés locales « pourraient ne pas profiter des avantages de REDD s'ils ne sont pas propriétaires des terres qu'ils occupent; si le consentement libre, préalable et informé n'est pas respecté; si leurs identités ne sont pas reconnues ; ou bien encore si l'on ne leur permet pas de prendre part aux processus politiques ».10

Dans quelle mesure croyez-vous que REDD puisse toucher votre communauté ?
Le programme REDD va-t-il introduire de nouvelles opportunités ou générer des impacts négatifs ?

Merci d'adresser vos points de vue et commentaires à peoples@climatefrontlines.org

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Références
1 UNEP (24/09/2008)
2 Nepstad et al. 2008. Getting REDD Right. WHRC-ED-IPAM
3 Barnsley, I. 2008. REDD : A guide for Indigenous Peoples. UNU-IAS
4 Ravels, S. 2008. REDD myths: a critical review of proposed mechanisms to reduce emissions from deforestation and degradation in developing countries. Friends of the Earth
5 Dooley et al. 2008. Cutting Corners: World Bank's forest and carbon fund fails to forest and peoples. FERN-FPP
6 Press statement of Victoria Tauli-Corpuz on Human Rights Day
7 Indigenous peoples, local communities and NGOs outraged at the removal of rights from UNFCCC decision on REDD
8 Karsenty et al. 2008. Summary of the Proceedings of the International Workshop "The International Regime, Avoided Deforestation and the Evolution of Public and Private Policies Towards Forests in Developing Countries" held in Paris, 21-23rd November 2007
9 Global Indigenous Peoples Consultation on Reducing Emissions from Deforestation and Forest Degradation (REDD) Baguio City, Philippines 12-14 November 2008
10 UNPFII-Statement Poznan

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