Les vents du changement soufflent sur le climat

13 août 2008

La situation est devenue alarmante pour les communautés d’éleveurs, particulièrement dans ma région d’origine explique Jane Naini Merivwas du peuple Yaaku de Kenya (Afrique). Traditionnellement, nous savons que celle-ci est la saison des pluies et celle-là la saison sèche. La communauté peut donc s’organiser en conséquence. Étant donné que ma communauté est nomade, nous nous déplaçons avec le bétail. S’il s’agit d’une longue période de sécheresse, alors, nous faisons usage d’une pratique traditionnelle dans laquelle nous choisissons les endroits où les animaux peuvent paître, et ceux que nous préserverons. Et d’autres fois, on se déplace ailleurs. Les gens migrent quand ça devient sec. Cependant, si vous partez de votre propre district pour aller vers un autre, on trouve qu’il y a déjà des gens qui y habitent. Nous sommes limitrophes avec les Samburus, les Boranas et les Bantus. Ces peuples sont des agriculteurs. Nous sommes aussi limitrophes avec des colons. Les terres qui sont encore disponibles pour le pâturage sont devenues très limitées. En 2000, nous avons connu une sécheresse très intense. Durant toute l’année, il n’y a pas eu de pluie. C’était terrible. La sécheresse a contraint la communauté à émigrer. C’était devenu si alarmant que le gouvernement a été obligé d’ouvrir le grand parc Mount Kenya pour que les éleveurs amènent leur bétail. Mais pour se rendre au Mount Kenya, nous devons marcher 100 kilomètres, le long d’une route clôturée de chaque côté. Les animaux s’affaiblissent et, étant donné que la route est clôturée des deux côtés, les animaux n’ont pas accès à l’eau ni à l’herbe. Alors, des milliers d’animaux sont morts le long de la route. On peut trouver plusieurs carcasses en allant vers le Mount Kenya. Depuis 2001, le pattern de pluies a complètement changé, à tel point que la communauté n’a plus la possibilité de se préparer.

Dans mon coin du pays, il est clair que les hivers ne sont pas aussi froids qu’auparavant. Il n’y a pas non plus autant de neige qu’autrefois, dit Doug Kiel, un indien du peuple Oneida dans le Wisconsin, É.-U.A. (Amérique du Nord). Les 15000 lacs du Wisconsin sont des ressources naturelles extrêmement importantes, et nous y pêchons habituellement tout au long de l’année, même quand ils sont gelés. Mais les hivers deviennent moins froids et durant les dernières années, la pêche n’a pas été possible. Quand j’étais enfant, les lacs gelaient entièrement en décembre et ne fondaient qu’en début avril. Aujourd’hui, les lacs gèlent très tardivement en hiver – ou pas du tout - et la glace est dangereusement fine. Aussi, quand les lacs gèlent, ces derniers ne restent pas pour longtemps. L’eau devient également plus chaude durant les mois estivaux. Ceci pourrait être une menace pour les doré et les truites, deux de nos poissons d’eau froide les plus importants.

Avant les années 50, nous avions l’habitude de dépendre de savoirs des anciens, observe Iteli Tiatia de Samoa (Pacifique Sud). Les personnes âgées savent quel vent est en train de souffler juste en le sentant ou en regardant vers la cime des arbres. Ils ont des noms pour les vents provenant de toute direction, comme le TO'ELAU, LA'I, LA'ILUA, TUA'OLOA et bien d’autres. Mais les patterns de vent ont changé drastiquement, la direction mais aussi la saisonnalité. Par exemple, les anciens savent durant quels mois les ouragans pouvaient se produire : les pires mois étaient la fin janvier, février et mars ; les meilleurs étaient novembre et décembre. Mais l’ouragan Valérie, l’un des plus destructifs qu’ait connu Samoa, a eu lieu en décembre 1991. De plus, autrefois, un ouragan venait habituellement en une direction et commençait éventuellement à disparaître progressivement lorsque l’on entendait une grande foudre et un fort tonnerre. C’est lors de ces événements que les anciens diraient en Samoan « Ua taliligia le matagi - l’ouragan a été secoué ». Mais, en ce qui concerne l’ouragan Valérie en 1991, ce dernier n’a pas pris fin jusqu’au recouvrement total des quatre directions, et malgré la grande foudre et le fort tonnerre, il a continué à déployer sa force la plus destructive.

Ce recueil de témoignages était le dernier du thème « Premiers impacts ». Les messages reçus au cours de cette période de discussion, celui-ci y compris, seront disponibles sur le site Internet http://www.climatefrontlines.org/fr/node/152 dans une semaine. Un nouvel article sera mis en ligne dans les prochaines semaines, afin de lancer un nouveau sujet de discussion.

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