Ressentez-vous les effets du changement climatique ?
Le Forum « En première ligne face au changement climatique »
a pour objectif de rassembler les expériences des communautés
de base en relation avec le changement climatique : impacts,
opportunités et stratégies d'adaptation. Il fournit une plateforme
permettant de partager les observations, les préoccupations et
les innovations en la matière. Nous invitons les communautés
autochtones ou rurales des petites îles, des régions
montagneuses, de l'Arctique, des régions désertiques et
des autres environnements vulnérables, à présenter leurs
contributions à cet effort.
Lutter contre la montée des eaux du fleuve
Isoa koroiwaqa de Suva aux Îles Fidji (Pacifique Sud), rapporte ses observations sur les changements dans l’environnement local, leurs impacts sur la vie communautaire et les stratégies d’adaptation que sa communauté tente de mettre en œuvre.
Bula,
Je viens des Îles Fidji dans le Pacifique Sud. Mon village se trouve près d’un estuaire et nous avons connu de nombreuses inondations à travers les années. Les principales inondations se sont produites en 1972, 1987, 1989 et 1998. La plus récente remonte à 2004, quand nous avons dû être évacués. Depuis une dizaine d’années, environ 18 familles ont construit leur maison à l’écart du village car elles craignent les inondations. Mais la plupart des gens préfèrent y rester. Le long des rives du fleuve, les gens ont cessé toute culture de racines alimentaires et de légumes car ils redoutent les inondations.
Nous rencontrons une dangereuse augmentation des sédiments le long du fleuve. Nous soupçonnons que le changement climatique en soit la cause car l'abattage d’arbres n'est pas pratiqué dans la zone de captage d'eau et des chasseurs de cochons ont pourtant observé les effets de l'érosion et des glissements de terrain dans certaines parties de la forêt, en particulier le long des ruisseaux qui alimentent le fleuve. Cela touche plus de 500 personnes parmi cinq villages. Quatre de ces communautés se situent le long des berges surélevées du fleuve. Depuis les cinq dernières années, ils ne peuvent plus pêcher près de leur village ou le long du fleuve car les sédiments ont envahi les zones de pêche. Désormais ils sont obligés de parcourir cinq kilomètres jusqu’à la mer pour pêcher, ce qui implique de quitter la maison de bonne heure et de rentrer à la nuit tombante. L'augmentation des sédiments engendre aussi un déplacement de gravier vers une partie des marais à mangroves de mon village. Dès lors, nous ne pouvons plus ramasser les crabes car les pierres nous écorchent les doigts et nous blessent.
Le gravier se répand et nous commençons à planter des espèces sélectionnées de mangroves et aussi d'autres plantes dans l'espoir qu'une fois leur taille adulte atteinte, leur système racinaire empêchera le gravier de pénétrer les zones de pêche de la mangrove. Nous prévoyons aussi de planter des vétivers (Vetiveria zizanioides) et d'autres plantes choisies spécialement pour tenter de protéger nos berges contre une érosion encore plus importante. Nous sommes en train de construire une pépinière pour ces plantes afin de nous procurer un stock suffisant pour protéger nos rives fluviales. Nous en sommes encore à un stade expérimental, mais si jamais vous aviez des conseils à nous donner, alors n'hésitez pas, nous en serions reconnaissants.
Si vous êtes en mesure de conseiller Isoa ou si vous êtes confrontés aux impacts du changement climatique, écrivez-nous à peoples@climatefrontlines.org pour partager vos expériences.



