Pâturages gelés, troupeaux affamés

26 avril 2010

Pour les Mongols, des températures affichant moins 30 degrés Celsius n’ont rien d’extraordinaire au cœur de l’hiver. Pourtant, l’hiver dernier, la Mongolie a subi des conditions particulièrement désastreuses connues localement sous le nom de « dzud ». Pour les peuples mongols, dont un tiers subsiste grâce à l’élevage de bétail, les dzuds sont dévastateurs. En effet, au cours d’un dzud, des millions d’animaux parmi lesquels moutons, chèvres, chameaux, chevaux, bovins ou yacks, meurent de faim.

Les éleveurs mongols répertorient trois sortes de dzuds. Au cours d’un « dzud blanc », de fortes chutes de neige empêchent les animaux d’accéder au fourrage d’hiver. Un « dzud de glace ou de fer » sévit lorsque des pluies verglaçantes emprisonnent l’herbe sous une couche de glace impénétrable. Le « dzud noir » se produit après un été sec, au cours duquel les troupeaux se nourrissent jusqu’à réduire à néant les pâturages, suivi d’un hiver très froid, causant une famine. Bien que les dzuds ne soient pas rares, un témoin direct rapporte que « les gens affirment ne pas avoir connu un hiver aussi glacial en 30 ans. Les conséquences ne touchent pas seulement le bétail et les troupeaux mais aussi les hommes qui luttent pour trouver une source de chauffage. » Au cours des mois de janvier et février, les températures ont chuté jusqu’à – 48 degrés Celsius et le Gouvernement de Mongolie en est venu à déclarer un état de catastrophe naturelle pour 12 des 21 provinces que compte le pays. Pour les éleveurs de troupeaux, les animaux représentent non seulement une source d’alimentation sous forme de viande et de lait, mais aussi une rentrée d’argent par la commercialisation de laine de cachemire ou encore de fuel à partir de fumier séché. Les troupeaux sont également synonymes de prestige en tant qu’héritage familial. Or la décimation des troupeaux conduit les familles à se déplacer vers les villes, une situation à laquelle les éleveurs et le marché du travail mongol sont mal préparés.

Le degré extrême du dzud survenu cette année est le résultat de facteurs multiples. Les opérations minières ont eu pour conséquence de réduire l’accès aux zones de pâturage et le changement climatique accélère la désertification. Par ailleurs, les troupeaux comptent de plus en plus de têtes de bétail, exerçant une forte pression sur les quantités disponibles d’herbage. Alors que traditionnellement, des herbes étaient coupées et stockées durant l’été comme recours intermédiaire en cas d’hiver rugueux, les éleveurs trouvent aujourd’hui difficile de localiser suffisamment de fourrages à mettre de côté pour l’hiver.

Loin de la Mongolie, dans le nord de la Suède, les éleveurs de troupeaux de rennes saamis connaissent également des hivers de plus en plus souvent difficiles. Sur les six dernières années, trois hivers se sont révélés désastreux à cause de ce que les Saamis appellent « tjuokke » – l’emprisonnement des herbages sous une couche de glace impénétrable. Lorsque cela se produit, des troupeaux entiers de rennes sont susceptibles de périr à moins d’être rapidement évacués ou bien d’être nourris avec des aliments industriels. Selon un rapport du Gouvernement suédois, les conditions climatiques extrêmes en hiver sont amenées à se banaliser à mesure que le changement climatique progresse. Tout comme en Mongolie, les alternatives de réponse aux conditions extrêmes de l’hiver sont dangereusement réduites pour les éleveurs saamis à cause de l’exploitation minière, forestière et hydroélectrique et de l’expansion des zones urbaines, qui gagnent de plus en plus de terrain sur les territoires pastoraux traditionnels en hiver. Le changement climatique va donc intensifier une situation déjà difficile pour les éleveurs saamis.

Les communautés que vous connaissez sont-elles soumises à des conditions climatiques extrêmes pouvant être liées au changement climatique mondial ? Les alternatives d’adaptation sont-elles limitées par des contraintes sociales ou environnementales supplémentaires, comme dans les exemples ci-dessus rencontrés en Mongolie et en Suède ? Partagez vos points de vue et expériences en écrivant à peoples@climatefrontlines.org

Sources:
1. Father E. Viscardi, 2010, “Mongolia: The ‘dzud’ that kills”, Missionary International Service News Agency (MISNA), Disponible en ligne sur : http://www.misna.org/news.asp?a=1&IDLingua=1&id=266078

2. M. Roué, ‘Normal’ catastrophes or a harbinger of climate change? Reindeer-herding Sami coping with disastrous winters in northern Sweden”, In: UNESCO (en préparation), Indigenous Knowledge and Changing Environments.

3. Image: © UNESCO/Setboun, Michel. Mongol children in the tundra after a hail-storm with young goats