Fonte de la banquise, érosion accélérée : les villages d'Alaska en danger

9 Septiembre 2009

Les villages côtiers d'Alaska connaissent un bouleversement considérable sous l'effet de l'érosion causée par un réchauffement sans précédent, lié au changement climatique, explique Sharon McClintock. Une des zones les plus touchées est Shishmaref, un village traditionnel inupiat dans le Détroit de Béring dont la population dépasse à peine 600 habitants. Le village est situé sur l'Ile de Sarichef, une île barrière de la mer des Tchouktches. Autrefois, la mer gelait durant l'automne et formait un blocus de glace le long du rivage, offrant une barrière protectrice contre les tempêtes maritimes. Cette banquise, qui auparavant se formait courant octobre ou novembre, n'est désormais plus aussi solide. Or sans elle, de puissantes vagues peuvent s'abattre sur les berges déjà affaiblies par la fonte du permafrost. La formation tardive de la glace de mer est révélatrice de la hausse des températures de l'océan. La population locale dit de la mer des Tchouktches qu'elle "ne gèle plus comme il faut ou plus assez vite... Si on s'éloigne d'à peine deux miles, on trouve une glace qui ressemble à de la crème avec un aspect foncé et qui s'avère très fine et instable."

En 1973, au cours d'une très forte tempête, neuf mètres de terre disparurent. En 1974, le village connut une tempête majeure au cours de laquelle l'aéroport fut partiellement inondé, ce qui aboutit à la déclaration d'un désastre national. En 1997, une terrible tempête provoqua l'érosion de la rive nord sur une distance de 45 mètres, entraînant le déplacement de 14 foyers. En 2002, cinq foyers supplémentaires furent déplacés. En outre, le logement des enseignants se situe dans une zone précaire près de l'escarpement. Craignant qu'une nouvelle tempête ne les démunisse, des enseignants à la fois expérimentés et très appréciés ont décidé de quitter Shishmaref. Ce fut un préjudice considérable pour la communauté. De la même manière, les lagunes des eaux usées, les routes, l'approvisionnement en eau, les laveries automatiques, l'épicerie locale et les réservoirs de fuel sont menacés de dégradation voire de disparition. La route principale qui mène à l'aéroport et à la décharge a été érodée en divers endroits et la route est désormais dangereusement proche de la mer.

Les tempêtes annuelles continuent d'entraîner l'érosion du littoral et dégradent en moyenne un mètre à un mètre cinquante de terre par an. Près de 23 millions de dollars ont été dépensés pour construire des digues qui n'offriront qu'une protection temporaire de ce qui reste de Shishmaref.

En juillet 2002, les résidents ont voté la délocalisation de la communauté. Cependant, de nombreux problèmes ont ralenti ce processus, notamment la réticence des gouvernements étatiques et du gouvernement fédéral à soutenir financièrement l'élaboration d'infrastructures vitales ou bien à mener le projet de délocalisation. En 2008, la communauté apprenait que le site retenu pour la délocalisation n'était pas favorable à cause de problèmes relatifs au permafrost. Ainsi il fallut entièrement repenser le projet. L'endroit qui semble désormais le plus approprié se trouve près de Ear Mountain, non loin du village de Wales. Il est possible d'y fonder une communauté durable en ayant recours au potentiel géothermique et à la puissance éolienne pour l'énergie. Pourtant certains déclarent qu'ils ne quitteront jamais l'Ile de Sarichef. Mais comment pourront-ils subsister une fois que tout le monde aura quitté l'île et qu'aucun service n'y sera plus disponible

Continuez de partager vos observations sur le changement climatique et ses conséquences sur vos terres, vos ressources et vos modes de subsistance.

Partagez vos points de vue et expériences en écrivant à peoples@climatefrontlines.org