L'assèchement du delta du fleuve Tana, Kenya

13 Junio 2009

Au cours des derniers mois, le forum "En première ligne face au changement climatique" a continué de recevoir des contributions d'un grand intérêt au sujet des "Premiers impacts". Afin de les partager avec vous, nous avons décidé de consacrer les prochaines discussions à ce sujet antérieur.

En août 2007, le cours du fleuve Tana a changé en raison d'un engorgement massif en sédiments causé par l'érosion élevée des bassins versants du fleuve Tana, nous écrivent Geoffrey M. Riungu et Joan Otengo du Kenya (Afrique). La situation fut ensuite aggravée par une impressionnante baisse du niveau d'eau dans le fleuve, elle-même liée au niveau d'eau réduit dans les affluents et aux taux élevés d'évaporation dus à la hausse des températures. Ce phénomène menace les peuples adeptes de l'agriculture vivrière comme les Boni, les Bajuni, les Wakone et les Wasanya, ainsi que les pêcheurs des communautés minoritaires Malakote qui comptent sur les eaux du fleuve pour l'irrigation et la pêche, respectivement. Actuellement, alors que le lit du fleuve Tana s'assèche complètement, les communautés résidant en aval du fleuve font face à de sévères famines et à une pénurie d'eau propre à usage domestique.

Les zones humides du Delta du fleuve Tana, dont dépendent de nombreuses vies, deviennent saisonnières et ce à une vitesse alarmante, pendant que d'autres se sont complètement asséchées. Cela affecte les modes locaux de subsistance, et en particulier les éleveurs qui ont perdu quasiment tous leurs troupeaux à cause de la période de sécheresse continue. Ces écosystèmes d'importance cruciale servaient autrefois de zones de repli pour les éleveurs en temps de saison sèche. Désormais les éleveurs connaissent une augmentation sans précédent de la salinité des sols dans les fermes et ils attribuent ce phénomène à l'élévation du niveau des mers et à la déforestation, responsable d'une dégradation de la végétation de mangrove le long des côtes.

Le changement climatique n'épargne pas plus la faune et la flore. Ses impacts sont visibles à travers les cas récurrents de conflits homme-faune, où des animaux sauvages (herbivores ou carnivores) envahissent les villages à la recherche d'eau et de nourriture. Les communautés agricoles et pastorales se tournent également vers la chasse et la cueillette de fruits sauvages, activités déjà pratiquées par les groupes minoritaires Watta. Dès lors, la faune et la flore sont soumises à une trop grande pression.

Paradoxalement, les modes de subsistance des groupes autochtones minoritaires du Delta du fleuve Tana se trouvent également menacés par les possibilités qu'occasionne le protocole de Kyoto en termes de marché du carbone et de plans de séquestration du carbone. En effet, leur système de régime foncier n'étant pas reconnu, ces groupes sont menacés d'expulsion pendant que le gouvernement et ses partenaires de développement profitent de la situation en implantant des projets tournés vers le tourisme. Ces projets sont fardés de composantes à la fois stratégiques et peu claires autour de la production d'une énergie propre et la création d'emplois pour les locaux qui ne sont pas éduqués et restent faiblement informés sur de tels développements technologiques. Par exemple, il existe des propositions visant à convertir plus de 100 hectares du Delta du fleuve Tana en cultures de canne à sucre à grande échelle et en plantations de Jatropha dans l'optique d'alimenter la production d'éthanol et de biodiesel. Or les communautés locales risquent de ne tirer aucun profit de ces plantations étant donné qu'elles ont toujours été écartées des décisions ayant trait à leur environnement. De plus, ces projets vont entraîner la migration de milliers de groupes autochtones minoritaires ainsi qu'éroder leurs traditions, piliers de l'unité communautaire agissant comme une source d'espoir et d'inspiration en temps de catastrophes. Par ailleurs, à l'avenir, ces plantations risquent de compromettre l'exploitation des terres par ces groupes autochtones pour leurs propres besoins.

Les groupes autochtones du Delta du fleuve Tana se sont toujours reposés sur leurs savoirs traditionnels pour déjouer les catastrophes environnementales. Mais étant donné l'imprévisibilité des conditions climatiques locales, comme les saisons d'ensemencement ou de crues, doublées d'un manque de connaissances scientifiques, ces savoirs s'avèrent inappropriés. Cela dit, ils constituent tout de même une base capitale pour leur survie psychologique, socio-économique et écologique.

Nous préconisons une consultation impérative des groupes autochtones avant que toute négociation ne soit initiée autour des projets de séquestration du carbone ou de biocarburants. De plus, nous demandons que toute intervention destinée à faire face au changement climatique, et en particulier l'application du protocole de Kyoto, soit placée sous le signe d'une pensée éthique et du respect des droits civils et démocratiques des individus désavantagés et marginalisés.

Pour en savoir plus sur le Delta du fleuve Tana, cliquez ici (disponible en anglais uniquement). Cette discussion ainsi que d'autres contributions récentes sur le thème "Premiers impacts" sont publiées sur le site web.

Merci de continuer à nous envoyer vos observations et expériences autour des impacts du changement climatique sur vos terres, ressources ou modes de subsistance. Partagez vos points de vue et expériences en écrivant à peoples@climatefrontlines.org

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