Conceptions autochtones et REDD

19 Mayo 2009

Ali Garcia Segura, un autochtone Bribri du Costa Rica (Amérique centrale), exprime ses doutes au sujet de projets tels que REDD lorsqu'ils sont mis en œuvre avec des concepts et des modèles totalement étrangers à la vision autochtone.

Mon peuple vit dans la forêt primaire, qui détient la plus vaste biodiversité de toute l’Amérique Centrale et a été reconnue patrimoine mondial de l’UNESCO en 1992. Mon peuple continue d’adopter majoritairement un mode de vie traditionnel : nous possédons notre propre langue que je parle parfaitement, notre propre modèle d’organisation traditionnel, notre médecine, notre Awá (médecin traditionnel) et nos maisons traditionnelles. Nous vivons du fleuve, de la pêche et de la chasse, ainsi que de ressources naturelles, plantes, arbres, feuilles, lianes et toutes ces choses que nous offre la nature.

C'est pourquoi lorsque j’ai lu le dernier message que vous aviez envoyé, je me suis reconnu dans la situation vécue par nos frères Pygmées. Notre terre a souvent été menacée pour sa richesse en or et en bois. Mon peuple a défendu cette faune et cette flore avec son sang, entre autre contre des projets censés contribuer au développement humain ou bien nous sortir de la pauvreté. Nous n’avons jamais vu les résultats de ces projets, car nous, peuples autochtones nous avons une vision différente du développement et une manière différente de protéger les ressources naturelles.

Lorsque des organisations proposent des subventions pour soi-disant protéger nos ressources, nous disons toujours qu’il s’agit d’un plan pour nous chasser de notre territoire, car ces projets sont toujours implantés selon des concepts et des modèles totalement étrangers à notre vision du monde. A travers ces projets, les peuples vivant dans les communautés s’habitueraient à un nouveau mode de vie et demain ils oublieront ce que leur propre peuple a accompli depuis plusieurs milliers d’années.

En ce sens, je crois que la question du carbone est un concept extérieur. Pour nous, tous les éléments naturels contribuent à la vie. L’air nous fait vivre, les oiseaux veillent sur nous tout comme le font les poissons, les arbres, les mammifères et toute chose vivante. Si l’on considère que toutes les choses naturelles forment une unité vivante, nous ne pouvons pas les séparer les unes des autres. Lorsque les politiques des grandes institutions comme la Banque Mondiale et autres planifient sur nos ressources, mais en ne les considérant que sous l'aspect de la séquestration du carbone, un concept étranger aux langues autochtones, les communautés autochtones se voient obligées de changer leur propre vision des ressources. Je crois que pour assurer une meilleure compréhension entre les organisations de financement et les communautés autochtones, nous devrions créer un mécanisme de communication basé sur nos modèles traditionnels. En cela, j’entends que nous devrions trouver un mécanisme de dialogue conçu par les peuples autochtones pour prendre des décisions sans discrimination et pour renforcer la pérennité des ressources naturelles.

Alors j’ignore si REDD parviendra ou non à satisfaire nos attentes, mais je peux dire que tant que les savoirs autochtones ne seront pas pris en compte, toutes ces tentatives échoueront et alimenteront les ambitions qui consistent à prendre possession des ressources naturelles disponibles dans nos territoires à des fins commerciales. Cela n’apportera aucun bénéfice réel aux habitants d’origine et violera nos droits et bien d'autres principes.

Ceci est le dernier message autour du thème ‘REDD’. D’ici quelques semaines, un nouvel article de référence sera publié pour lancer une discussion autour d’un nouveau thème.

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