Faire face au changement climatique : Adapter d’anciennes stratégies pour répondre aux nouveaux défis

24 Septiembre 2008

Les savoirs et les pratiques que les communautés des petites îles, des peuples autochtones et autres groupes vulnérables ont accumulés jusqu'à nos jours pour surmonter des phénomènes environnementaux imprévisibles, constituent une ressource considérable pour faire face au changement climatique mondial. Ils représentent un tremplin pour l'adaptation au niveau communautaire, apportent une reconnaissance à la résilience locale et renforcent la confiance de la communauté en ses propres capacités. Comment votre communauté fait-elle face au défi des impacts du changement climatique ?

Alors que la fréquence et l’intensité des phénomènes climatiques extrêmes s’annoncent grandissantes, les savoirs traditionnels pour la prévention des catastrophes naturelles méritent d’être reconnus. Dawn Tuiloma-Palesoo des îles Fidji (Pacifique Sud) se souvient : Un des ingrédients qui rendait nos ancêtres plus résilients devant les catastrophes est le fait qu’ils y étaient préparés. Si vous observez les maisons traditionnelles des îles du Pacifique aujourd’hui, qui d’ailleurs n’existent plus dans beaucoup de communautés, vous remarquerez qu’elles étaient faites de matériaux locaux et que dans certains cas, elles étaient construites précisément de manière à ne pas résister aux catastrophes. Pourquoi ? Pour que les maisons puissent être reconstruites facilement après la catastrophe. Dans certaines communautés, les piliers des maisons traditionnelles étaient abattus avant un cyclone et réinstallés après. Sur le plan de la nourriture, au moment d'ensemencer, on réservait toujours une parcelle de cultures en cas d'urgence. On entend encore parler de « nourriture de cyclone » qui désigne les aliments cuits et préparés spécialement pour durer plus longtemps. Ces aliments devaient permettre à une famille ou une communauté de subsister après une catastrophe. Cela se pratique-t-il toujours ?

Les communautés andines prennent des mesures pour accommoder des régimes de précipitations et de gel de plus en plus imprévisibles : Lorsque les nuages se rassemblent autour du sommet du Mont Ausangate, nous sommes heureux et nous lui faisons une offrande de feuilles de coca, explique Maximo Crispín Mandura, un cultivateur membre de la communauté agricole Ausangate, Cusco (Pérou, Amérique du Sud). Nous remercions la montagne de s’être à nouveau couverte de neige. Le Mont Ausangate emmagasine l’eau dont nous avons besoin de juin à novembre, pendant la mise en culture. Autrefois, il pleuvait dès le mois d’octobre. De nos jours, la pluie n’arrive qu’en décembre. Les pommes de terre et ocas (Oxalis tuberosa) n’ont pas le temps de mûrir. Alors on construit un canal d’irrigation et on prie pour qu’Ausangate, notre protecteur, reste couvert de neige. Hercolina Cruz, un cultivateur de la communauté agricole de San Antonio, Caracoto, Puno (Pérou), rapporte que le gel peut survenir à n’importe quel moment, sans prévenir. Avant, nous savions quand le gel arriverait et nous avions le temps de brûler le fumier dans les champs. Mais désormais, nous devons constamment veiller la nuit afin qu’il ne nous tombe pas dessus par surprise. Les meilleures céréales sont stockées et nous utilisons les plus robustes et les plus saines comme semences. Si elles se développent en graines robustes malgré le froid, alors plus grande sera leur repousse. Ma voisine a déjà commencé à planter des arbres autour de ses champs. Elle les utilise pour combattre le gel, mais les oiseaux ne risquent-ils pas de récolter le quinoa plus vite que nous ?

Le peuple Inuvialuit de Sachs Harbour dans l’Arctique occidental canadien (Amérique du Nord) accommode son mode de chasse et ses itinéraires de voyage en fonction des changements de l’environnement : Avec des printemps désormais plus courts et plus chauds et devant les taux croissants de fonte de neige et de glace, les gens déclarent ne plus partir à la chasse aussi longtemps qu’autrefois. Ils rentrent à la communauté après la chasse aux oies au lieu de poursuivre en direction des lacs pour pratiquer la pêche sur glace. L’attente constitue une stratégie d’adaptation ; les gens attendent que les oies arrivent, que les terres s’assèchent, que le temps s’améliore ou bien que la pluie cesse. Avec davantage de terres nues et des conditions d’enneigement peu fiables, les familles se déplacent le long de la banquise au lieu d’emprunter les chemins à l’intérieur des terres. Dans de nombreuses régions, le dégel du permafrost a contraint les voyageurs à tracer de nouvelles pistes et emprunter de nouvelles voies pour éviter les effondrements et les glissements de terrain ainsi que les zones érodées. Les membres de la communauté disent utiliser des véhicules tout-terrain plutôt que des motoneiges pour se rendre sur les camps de printemps lorsqu’il n’y a pas assez de neige. Ils déclarent aussi pratiquer la chasse aux phoques en pleine mer, une adaptation nécessitée par l'absence de plaques de glace où les phoques passent normalement les mois d’été.

Comment votre communauté a-t-elle surmonté les changements environnementaux par le passé ? Quels sont les actions engagées pour s’adapter aux impacts naissants du changement climatique ?

Nous vous encourageons également à continuer d'envoyer vos observations sur le thème n°1 : Premiers impacts du changement climatique. Elles apparaîtront sur le site du Forum dès leur réception.

Ecrivez-nous à peoples@climatefrontlines.org

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Nous remercions les sources d'information suivantes:

Dawn Tuiloma-Palesoo (forum global Small Islands Voice 16 novembre 2004) http://www.sivglobal.org/?read=82

Témoignages andins issus de l'exposition photographique El clima cambia, mi vida también, Lima (du 1er au 31 mai 2008) organisée par GTZ, DED, SPDA et CONAM. http://www.elclimacambia.pe

Berkes, F. and D. Jolly. 2001. Adapting to climate change: social-ecological resilience in a Canadian western Arctic community. Conservation Ecology 5(2): 18. http://www.consecol.org/vol5/iss2/art18/

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